CLAP 007 – Vos histoires entrent au musée

« Mon père a laissé un journal, parfois écrit sur du papier toilette. »

« Je conserve un poème intitulé Les cloches de la paix derrière les barbelés. »

« Existe-t-il des registres qui permettraient de retrouver Oskar, le prisonnier allemand qui travaillait chez mon grand-père ? »

Trois messages reçus sur la boîte du MUCAP, trois histoires personnelles, trois manières d’interroger une captivité vieille de plus de 80 ans.

Un appel à témoignages, des réponses internationales
Entre 2017 et 2026, 137 personnes ont répondu à notre appel à témoignages ou se sont manifestées auprès de notre directeur scientifique, Fabien Théofilakis. Ce corpus dessine une géographie qui déborde largement la Normandie et le CCPWE19 : si l’intérêt se localise principalement en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, les mails proviennent aussi des États-Unis, du Canada, d’Australie, de Suisse, ou encore d’Autriche, de Slovénie et de Hongrie. Le français, l’allemand et l’anglais s’y croisent, à l’image d’une mémoire devenue transnationale.

La majorité des courriers concerne des soldats allemands capturés à la fin de la guerre et détenus en France, en Grande-Bretagne, en Afrique du Nord ou bien en mains américaines. Mais d’autres relatent des expériences de captivité qui dépassent le parcours permanent du MUCAP : prisonniers français dans les Stalag et Oflag du Reich, militaires italiens ou polonais, Slovène incorporé de force dans la Wehrmacht, Français détenu par les Japonais. La captivité de guerre ne se réduit ni à une nationalité, ni à un territoire, ni même à une seule relation entre vainqueurs et vaincus. Autant d’expériences qui trouveront des échos dans les expositions temporaires du musée.

Source : Navarre, Alex, Canada ; pastel de son père, élève de l’École des Beaux-Arts en peinture, prisonnier de guerre en Allemagne (Menningen, Augsburg et Mossburg).

Ce sont surtout des enfants et des petits-enfants qui nous écrivent. Plus rarement, un frère, un neveu, un ami, ou un descendant de la famille dans laquelle un prisonnier avait travaillé. Deux ou trois générations après les faits, la captivité demeure ainsi une mémoire familiale vive. Elle repose souvent sur quelques phrases autrefois entendues, sur un silence que l’on cherche aujourd’hui à comprendre, ou sur une boîte redécouverte après un décès. Se sont également manifesté des collectionneurs, des chercheurs, des archivistes, des associations, des musées ou encore des passionnés d’histoire locale. Attentes sociales et scientifiques qui se reflètent dans le fort renouveau des études sur la captivité.

Et les documents proposés de contenir parfois des ensembles remarquables : récits, lettres, certificats de libération, photographies, listes de prisonniers, dessins, peintures, monnaies et journaux de camp, poèmes, partitions, décors de théâtre ou objets fabriqués avec presque rien. D’autres messages transmettent un souvenir : une évasion, un travail à la mine ou dans une ferme, une amitié, un colis envoyé à une famille allemande, un sauvetage, parfois une relation amoureuse et la recherche d’un enfant né de celle-ci. Une histoire de la captivité à hauteur d’homme, à partir d’objets, qui rejoint les préoccupations muséographiques du MUCAP.

Source : Julian Woodruff, Etats-Unis ; Le Crack,journal de camp français du Stalag 369, 1943, issu de sa collection.

Trois attentes dominent : transmettre, retrouver, comprendre.
Transmettre des archives dont les familles craignent la disparition et savoir si elles peuvent être données ou prêtées. Retrouver le parcours d’un captif, le nom d’un camp, d’un commando de travail ou d’une exploitation agricole, voire identifier l’auteur d’un dessin. Comprendre enfin ce que le père ou le grand-père a vécu, mais aussi ce qu’il a fait avant sa capture, sans éluder les questions de l’engagement, de la contrainte, de la violence ou du nazisme. Certains courriers interrogent le périmètre du futur musée ; l’un d’eux interroge la focale retenue sur les prisonniers de guerre allemands. Ces réactions font pleinement partie du dialogue que le MUCAP souhaite ouvrir.

En effet, le musée répond à ces attentes en considérant la société civile non comme un simple public futur, mais comme un aiguilleur dans sa construction. Les documents familiaux ne servent pas seulement à illustrer un récit déjà écrit : ils font surgir des personnes, des pratiques et des questions absentes des archives administratives. Confrontés entre eux et replacés dans leur contexte par la recherche historique, ils pourront contribuer au parcours permanent, aux expositions temporaires, à la médiation et à de nouvelles enquêtes.

Source : Düringer, Thomas, Allemagne ; notes de cours sur papier toilette rédigées au CCPWE 19, où son père fut prisonnier entre juin et août 1945.

Le MUCAP se veut un lieu de conservation, de connaissance, de transmission et de rencontre. Il n’a certes pas vocation à résoudre chaque histoire familiale ni à retrouver chaque nom. En revanche, il pourra préserver les traces, orienter les recherches, croiser les regards et rendre à ces expériences leur place dans une histoire commune. Les 137 premiers contacts reçus le montrent : ce musée n’est pas seulement attendu. Il a déjà commencé à vivre à travers celles et ceux qui lui confient une part de leur histoire. Il continuera à le faire avec les prochains messages.

Source : Curry, Steven, Australie ; bulletin d’expédition de colis alimentaires envoyés par son grand-oncle, gardien au camp 18 Feathersone Park (RU), en Allemagne aux familles des prisonniers de guerre.

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