Depuis bientôt deux ans, en marge de la conception architecturale et des propositions scénographiques, un important travail de collecte d’archives en France, en Europe et aux Etats-Unis a permis de construire le parcours du futur MUCAP (musée des captivités de guerre). La mise en valeur des archives – documents ou objets – répond à un fil conducteur présent tout au long du parcours : l’économie du peu.
Portraits de prisonniers allemands sur calicots utilisés dans la scénographie

Au-delà du musée de site, il s’agit de faire émerger la thématique de la captivité de guerre depuis le Débarquement jusqu’aux derniers rapatriements et les retours des prisonniers dans leurs pays respectifs.
Il s’agit également de donner la parole à tous les acteurs du conflit pour croiser les points de vue, vaincus mais aussi vainqueurs, autorités militaires comme politiques et économiques. Il s’agit enfin de mettre en regard plusieurs camps de captivité, afin de comprendre par la comparaison les conditions de vie des prisonniers allemands selon les différents régimes et territoires.
Cela permettra aux visiteurs d’appréhender la complexité des enjeux de la sortie de guerre, de la construction européenne et de la (re)- construction de la paix.
Et ainsi de se forger un esprit critique face à l’actualité.
La sélection attentive des archives a permis de construire un parcours « embarqué » attractif, vivant et informatif. La visite s’effectue accompagné d’un casque ouvert pour toutes les voix et les langues personnalisées, choisies en début de parcours, et détectables automatiquement au fil du parcours.
Ce compagnon de visite se décline en deux versions :
- un compagnon de visite générique, qui propose un choix de langues aux visiteurs et prend en charge l’ensemble des sons et commentaires, hormis les sons d’ambiance.
- un parcours embarqué « Jeune public », qui permet à tous les visiteurs, à partir de 12 ans, de bénéficier d’un discours adapté, également en trois langues.
La surface totale du musée (1 700 m2) permet d’offrir aux visiteurs un espace de 1 200 m2, incluant l’accueil, le parcours muséal – qui s’étend sur près de 800 m2 – un espace de médiation et une salle d’expositions temporaires.
Maquette du parcours muséal

Quatre séquences se succèdent, chacune portant sur une thématique spécifique et mettant en regard les quatre camps de prisonniers allemands en Europe retenus, à savoir :
- le camp CCPWE19 à Foucarville (France), sous commandement américain,
- le dépôt 152 à Aubagne (France), sous commandement français,
- le camp 18 – Featherstone park camp, à Haltwhistle (Grande-Bretagne) sous commandement anglais,
- un camp en haute Silésie (Pologne), sous commandement polonais.
Tout au long du parcours, ces comparaisons entre les camps permettent d’appréhender aisément la disparité des conditions de captivité, ainsi que le mode de fonctionnement des différents commandements comme de mieux comprendre ce qui relève de la structure de ce qui dépend des responsables à l’échelle locale.
Dès la séquence introductive « Des camps et des hommes », le choc de la capture, le contexte, les maquettes des différents camps, permettent au visiteur de basculer dans un autre monde, celui de la captivité de guerre, replacée dans le grand bouleversement qu’est la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La séquence 1 – Gestion des camps – présente les autorités de contrôle, la typologie des prisonniers, les quatre camps choisis.
La séquence 2 – Conditions de détention – aborde les défis que les autorités ont à relever dans le traitement des captifs : surveiller, improviser, débrouillardise, loger, nourrir, soigner…
La séquence 3 – Vie dans les camps – rentre dans la vie quotidienne des prisonniers : ressenti des prisonniers, relations avec les familles, avec les populations locales, pratiques cultuelles et culturelles, dénazification et rééducation, travail à l’extérieur du camp…
La séquence 4 – Retour des prisonniers – aborde la grande histoire : la sortie de la captivité et de la guerre, l’Allemagne coupée en deux, la guerre froide, la parole de prisonniers 80 ans plus tard…
Séquence 1 : comprendre les droits des prisonniers de guerre

Plusieurs « voix » accompagnent le visiteur tout au long du parcours :
- La « Voix de l’historien », qui pose les enjeux avec la distance de l’Histoire, permet de repréciser le contexte de chaque séquence de manière objective afin d’aider le visiteur à mieux appréhender les thématiques abordées. À ces discours clairs et synthétiques répondent des projections sensibles et évocatrices de la thématique. Les audiovisuels seront situés en entrée de chacune de quatre séquences du musée et facilement repérables. Au total près d’une trentaine de projections animent le parcours.
- Les « Paroles d’experts » permettent de prendre du recul et d’acquérir une conscience éclairée de l’Histoire : des analyses d’experts apportent un éclairage pluridisciplinaire par une contextualisation large incluant d’autres conflits du XIXe et du XXe siècles, en utilisant des prismes de champs différents – sociologique, philosophique, anthropologique, etc. – sous forme audio, depuis des assises « en gradins », dans les espaces « Échos historiques » et « Échos contemporains ».
- Les « Voix des témoins », citations extraites de témoignages lus, donnent la parole aux récits croisés extraits d’archives, afin d’incarner les différences de points de vue et traitements, d’un camp à un autre, comme de regards divergents entre les différents protagonistes – prisonniers et responsables, gestionnaires et institutions de contrôle, prisonniers et populations civiles etc.
Au total, on dénombre 26 points de détection sonores dans le parcours permanent, dont les déclenchements des commentaires.
Des patios ponctuent l’espace entre les 3 bâtiments, apportant une « respiration », une note contemporaine et artistique.
Patio : évocation de l’intérieur d’une tente de prisonniers, la nuit

Le belvédère dans le jardin mémoriel, à découvrir en fin de parcours, offre une vue sur l’ancien camp de prisonniers de Foucarville, « vu d’en haut ». Imaginer le camp de prisonniers qui a hébergé jusqu’à 60 000 hommes devient une réalité. Pour ceux qui ne pourront pas accéder en haut du belvédère, un espace « vue du ciel » est accessible au cœur du musée.
Le belvédère avec vue sur l’ancien camp de Foucarville

Le jardin mémoriel, havre de paix, apporte une transition douce entre l’univers fermé de la captivité de guerre et le monde extérieur. L’important travail paysager, les espaces de repos, la tranquillité des lieux favorisent un temps de réflexion.
Le Jardin mémoriel : un espace évocateur de l’alignement des tentes, ponctué d’arbres et d’espaces de réflexion

À noter : une attention particulière est portée au public en situation de handicap (moteur, visuel, auditif et mental) tant sur le plan de la mobilité, de la signalétique, de l’accès aux archives que du parcours embarqué.