« C’est la seule façon pour que notre père ne soit pas vu comme un nazi » : des objets pour raconter les prisonniers allemands

Article publié le 05/07/26 sur France 3 Normandie – France Info | Par Karine Lepointeur

Les collections du futur musée des captivités de guerre continuent de s’enrichir. Journaux intimes, objets, photos… Autant de documents uniques pour raconter la vie des prisonniers dans les camps, comme celui de Foucarville, aujourd’hui commune déléguée de Sainte-Mère-Eglise. Il a accueilli jusqu’à 100 000 Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.

Tout commence avec Anne Broilliard et Benoît Lenoël, deux habitants curieux et férus d’histoire. En 2017, ils vont partager leurs recherches sur le camp de Foucarville dans un livre Prisonniers allemands en Normandie : un camp américain à Foucarville.

Lors de l’écriture de ce livre, Anne Broilliard se lie d’amitié avec Alice Kennedy, la fille du commandant du camp, qui, petit à petit, va envoyer des objets et archives de son père dans l’objectif de les exposer dans un futur musée permanent. Mais pour raconter l’histoire du CCPWE19, le Continental Central Prisoner of War Enclosure n° 19, il fallait aussi recueillir des objets et des témoignages de prisonniers.

Journal intime, pipe, couverts et gobelet gravé dans une boite de conserve : des objets fabriqués par Anton Riediger, pilote de la Luftwaffe, prisonnier au CCPWE19, lors d’une exposition temporaire au musée d’Utah Beach • © DTA – Deutches Tagebuch archiv d’Emmedingen

« Quelques prisonniers allemands sont revenus à Foucarville, après la guerre, raconte Anne Broilliard, mais je ne les ai pas connus. Ils venaient parfois avec leurs descendants. C’est comme ça que petit à petit, on a pris contact avec eux, mais de là à ce qu’ils se décident à donner ce qu’ils avaient, c’était compliqué pour eux. »

Pourtant, après maints échanges, certaines familles se décident. « C’était pour eux la seule façon que ça perdure, et que leur père soit valorisé, rapporte Anne Broilliard. Les descendants sont contents qu’on s’intéresse à leurs parents, et qu’on ne les prenne pas pour des nazis. »

Un coquillage ramassé à Utah Beach en 1945 revenu d’Allemagne

Une centaine de milliers de prisonniers allemands sont passés par le camp de Foucarville. Des soldats, des officiers gradés, mais aussi 17 000 jeunes de moins de 18 ans. Le plus jeune n’avait que 12 ans.

Hans-Dieter Nüdling a 16 ans quand il est enrôlé dans la FLAK, la défense anti-aérienne allemande. Deux ans plus tard, en 1945, il arrive en tant que prisonnier au CCPWE19. La journée, il participe à la construction du Mémorial d’Utah Beach, toujours visible aujourd’hui, situé dans les dunes au bord de la plage, à quelques kilomètres du camp.

 » On sentait l’odeur de l’eau de mer et on voyait l’eau de la baie comme une traînée argentée à l’horizon. Malgré le travail physique qui épuisait rapidement nos 900 calories quotidiennes, j’ai ressenti ces missions comme des excursions dans la liberté d’un paysage côtier inconnu, accidenté et pourtant magnifique. »

Extrait du journal de Hans-Dieter Nüdling, prisonnier allemand, lors de la construction du Mémorial d’Utah Beach en 1945

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